58ème Salon de Montrouge, Le Beffroi, Mai 2013
Exposition collective

Excellent

Il y a une bande d'amis qui boivent des bières, un karaoké, une partie de pédalo, un procès. En basse définition, à la lumière naturelle, post-produit sur le pouce, sur un dvd mal gravé. Les visages, on les retrouve à chaque film, tous plus jeunes et beaux les uns que les autres. Les scénarii tournent autour d'états d'âme ambigus mais brillamment discourus, dans des lieux un peu glauques, chambres sales ou campagnes banales. La diction est Nouvelle vague. Les histoires émergent d'un milieu et d'une sociologie qui ne sont pas identifiables, d’une époque qu'on se fiche de dater.
L'envie nous gagne de citer des groupes de rock, d'écouter du rap, de fumer des clopes, de relire le manifeste de Breton, d'être en 68 - pardonnez le cliché. Surtout, « c'est là que ça se passe », dans les films de Lola Gonzalez. C'est là où on voudrait être. Rare, l'art de donner envie de basculer dans ce qu'un film imagine.
Certaines œuvres ont le goût de la liberté, et ce ne sont pas toujours celles qui l'affiche comme intention. La légèreté des dispositifs et des mises en scène de Lola Gonzalez témoignent intrinsèquement, plus que toute agitation ou appendice, que des temps où la vie est dure existent, mais que rien n'empêche d'y échapper si l'on joue sur le bas côté de la réalité.
Plutôt qu’aux Valseuses démonstratives et hystériques de Bertrand Blier, on pense aux improvisations de Passe ton bac d'abord de Maurice Pialat. En plus cynique et moins romantique, la part de pudeur de jeunesse et la retenue d'une étudiante en art.
La communauté de personnes qui fait cette filmographie, c'est la bande à Lola : « ils me plaisent comme ils sont – c'est chouette si ils te touchent aussi, j'aime profondément les filmer ». Peut être sont-ils très communs en fait, pour sur ils ne sont pas les fils à papa d'un film de Sophie Letourneur. Peu importe, libérés par une vidéo comme Le Procès où, accusés de jouissance ordinaire, ils sont livrés à une aberration si dadaïste qu'aucune place n'est laissée à leur réalité. Toute nécessité tellement redondante de discuter les rapports documentaire / fiction est alors balayée.
Hypothèse : au fil des vidéos, les personnages dévoilent leur appartenance à un mouvement d'avant- garde encore inconnu. Le Rendez vous est un de leur mode d'action, leur communauté secrète ayant décidé de rendre hommage aux rassemblements impossibles des pères qu'ils admirent – ici Warhol, Fassbinder, Frida Kahlo, ou Brian Jones réunis sur un clic-clac de salon.
Comme dans un cri ou dans une histoire d'amour, quand se fondent absurdités et réalités, causes et effets, origines et buts, on se donne la chance d'échapper à tout. Le cinéma sait confondre l’histoire de sa fabrication et la forme qu'il donne à voir. Lola Gonzalez se moque de pas mal de choses, n'offre aucun slogan partisan, joue la provocation et le nihilisme quand son œuvre en est le contraire absolu, mais convainc que c'est juste là, envers et contre toute résignation, que peuvent encore se passer nombre de nos idéaux et de nos jouissances.

Olga Rozenblum. Catalogue du 58ème Salon de Montrouge, Les éditions Particules, mai 2013

The Rendez-vous
Février 2013 Vidéo couleur 2 minutes 01 secondes

Le procès
Mars 2012 Vidéo couleur 9 minutes et 19 secondes

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