Roberto et les autres
Solo show
Galerie Marcelle Alix
14.04.16 au 04.06.16

« … Quatre étudiants attendent ensemble une mort fraternelle et légendaire. »
Marguerite Duras, Hiroshima mon amour, Gallimard, 1972

Chaque film que fait Lola Gonzàlez invente celui d’après. L’ensemble dessine une obsession, comme un rêve qui n’en finit pas de revenir, nuit après nuit, et qui a son influence pendant le jour. L’apparente légèreté qui se dégage des premiers films « entre copains » s’est évaporée au profit d’un désir plus ouvert sur le monde. Comme un rituel magique, les films de Lola Gonzàlez s’ouvrent sur ces jeunes gens tournés vers l’extérieur, vers le paysage. Sont-ils capables d’y voir un signe qu’ils interprètent tous de la même façon? À chaque fois, un bouleversant synchronisme s’installe et crée une situation où la communication passe par les corps qui se frôlent et se touchent volontairement. On assiste dans les deux films les plus récents, Summer Camp (2015) et Veridis Quo (2016), à un entraînement quasi-militaire accompagné, dans le premier, par une litanie hypnotique et dans le second, par les bruits traumatisants d’une tempête de bord de mer. Si Summer Camp est une longue prière collective, Veridis Quo ressemble au dernier repas d’une énigmatique troupe guidée vers une falaise à la taille de ce songe commun. Le murmure de la pierre devenu audible dirait à peu près ceci : je suis l’itinéraire chanté par d’autres avant vous. Je suis le rocher de vos ancêtres. Je suis la connaissance sacrée et la tombe devant laquelle vos enfants viendront se recueillir. Ça recommencera.

L'amitié
Le point de départ est toujours le même. Quatre personnes, dix, parfois plus, vivent recluses loin des villes. Impossible de savoir qui elles sont, ni ce qui les retient ensemble. Déserteurs, utopistes, mercenaires endoctrinés ? Mais qu’importe après tout de comprendre ce que leurs actions préparent. Supposons plutôt que leur seule exigence soit celle d’apprendre à vivre ensemble, de s’accorder intuitivement pour s’approcher au plus près d’une juste coexistence. Ce qui compte, c’est le rapprochement. Il y a pourtant peu de paroles, même les repas se déroulent en silence. Non pas que tous se comprennent déjà intimement, mais l’enjeu est ailleurs – dans la construction d’un mouvement partagé. Il leur faut apprendre à fonctionner ensemble, développer une syntaxe collective jusqu’à pouvoir se passer de la vue. Frôler pour être compris, se laisser basculer en confiance, confondre sa voix avec d’autres en chantant. Les chemins qu’ils empruntent devront ainsi les rapprocher au plus près d’une forme de sociabilité archaïque. Une amitié pure telle que la définie Giorgio Agamben – comme une relation reposant uniquement sur la capacité à « con-sentir » l’existence d’un autre corps dans sa propre existence. Reconnaître sa présence comme équivalente à la sienne jusqu’à vivre à travers elle. Accepter de s’oublier pour se reconstituer dans un seul corps.

Kaki
Tu es tellement bon que tu permets l’oubli. Dans la mythologie, les êtres humains se perdent éternellement. S’ils l’acceptent, ils deviennent des dieux.

Régénération
Tous les personnages de Lola Gonzàlez semblent être soumis au même appétit insatiable. Et partager ainsi le supplice de Tantale, Phinée et Érysichthon, condamnés à ce qu’aucune ressource terrestre ne puisse plus les satisfaire. Mais ce n’est pas que la nourriture manque ici, au contraire. Comme une meute de prédateurs se rejoint pour partager sa faim et s’en aller chasser, la communauté se rassemble toujours autour de repas de plus en plus abondants pour répondre à ce sentiment de déficience. Mais cette volonté d’absorber une débauche de matière dans l’espoir d’y rencontrer une résistance échoue immanquablement. Leur appétit s’accroissant, c’est progressivement le paysage tout entier qui devient susceptible d’être ingéré.

Exercice
Si les films de Lola Gonzàlez étaient en prose, on n’y trouverait que des verbes. Avancer, saisir, marcher, se coucher. La vie entière du groupe s’organise ainsi autour d’une série d’exercices. C’est ce qui permet d’abord de préparer son corps ; maîtriser ses gestes, deviner sa force. Mais c’est aussi un moyen de se ressentir en faisant proprement pression sur le monde : prendre appui sur les choses ou les écraser de son poids.

Moines en parka
L’image du moine s’impose d’une bien étrange façon à travers les vêtements portés par les acteurs. Deux d’entre eux en particulier semblent immergés dans leurs épaisses vestes, les recouvrant comme dans un bain où seul le visage dépasse à la manière d’une petite île. C’est aussi une attitude. Une manière de mettre le corps au second plan ou de le mettre partout. Le corps fusionne avec les teintes du paysage, il devient pierre ou ombre à tout moment. Le corps est disponible et indifférent, il peut être étreint comme on le ferait pour un arbre millénaire. La parka est à la fois l’écorce et l’oiseau. Celui qui est dessous les contient autant qu’il est contenu. Il vole légèrement ou rejoint la terre, ça dépend de celui qui l’approche… . Ici, on ne lutte pas pour son propre compte.

Corps émotionnels
On a la capacité d’échapper aux formes de mystifications,
encore faut-il être capable de montrer la relation difficile et complexe de l’individu au pouvoir
sans avoir peur de se compromettre avec l’affect.

CB + BP

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